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Le sondage ORTF de 1970
Les chaînes de radio et de télévision n'ont pas les mêmes possibilités que la presse écrite pour mesurer leur audience. Elles n'en ont pas, pour autant, moins besoin de la connaître, et c'est la raison pour laquelle elles font appel aux sondages d'opinion.
En juillet-août 1970, le «Service des Etudes de Marchés de l'ORTF» (Organisation de la Radio-Télévision Française) a ainsi effectué, à la demande de la Direction Générale, sous la direction de J. Périllat et pour le compte de la Direction régionale de Rennes, un sondage sur l'audience des émissions régionales de radio et de télévision en Bretagne. Le questionnaire portait sur la notoriété des émissions d'«Inter-Bretagne» - du nom de la radio régionale à cette date - ainsi que sur les habitudes d'écoute de la radio et des Actualités Régionales télévisées. Il s'intéressait donc aux émissions de radio en langue bretonne diffusées à l'époque par «Inter-Bretagne», et de ce fait, fut posée une question sur la pratique de la langue bretonne.
Ce sondage est certainement le premier à intégrer des préoccupations relatives à la pratique du breton. Il fut réalisé auprès d'un échantillon de 835 personnes de plus de 15 ans, résidant dans l'un ou l'autre des quatre départements de la région Bretagne : Ille-et-Vilaine, Côtes-du-Nord, Finistère, Morbihan. Ces personnes étaient consi-dérées comme représentatives d'une population de 1 900 000 habitants, et les quotas avaient été établis par département, selon le sexe, l'âge, la profession et l'habitat.
Une seule question fut posée concernant l'utilisation du français et du breton : «quelle langue utilisez-vous le plus souvent ?» L'on remarquera donc que cette question ne porte pas sur la compétence en breton des personnes interrogées (compréhension, expression orale, etc...), mais sur les occurrences, et singulièrement la fréquence avec laquelle elles s'expriment dans l'une ou l'autre langue, et ce, dans trois cas différents : en famille, avec des amis, au travail. Les pourcentages obtenus furent les suivants :
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Français
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Breton
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Non-Réponses
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En famille
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84%
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11%
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5%
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Entre amis
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83%
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12%
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5%
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Au travail
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64%
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8%
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28%
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Tableau. La langue la plus utilisée, d'après le sondage ORTF de 1970. Pourcentage de pratique du français et du breton en Bretagne.
Le sondage ne permet pas de savoir combien de personnes au total savent le breton, mais seulement pour combien il est le moyen principal de communication. 228 000 personnes, au maximum, considéraient donc en 1970 qu'elles s'exprimaient plus fréquemment en breton qu'en français, à savoir 12% de la population des quatre départements de la région Bretagne. Si le pourcentage est calculé par rapport à la Basse-Bretagne seulement, il s'élève à 19%. Les pourcentages sont quasiment identiques pour ce qui est de la langue de la famille et celle des relations amicales.
Toujours est-il que ce sondage est, à notre connais-sance, le premier qui ait été réalisé pour tenter de cerner des données relatives à la pratique du breton. Il a donc l'avantage de permettre les recoupements et croisements de réponses. Les éléments fournis par l'enquête sont les suivants :
- «c'est dans le Finistère que la pra-tique du breton est la plus répandue : 21% des personnes interrogées disent le parler en famille, 12% dans les Côtes-du-Nord, 7% dans le Morbihan. Elle est nulle en Ille-et-Vilaine». La formulation de cette remarque apparaît quelque peu cocasse, puisque chacun sait que le breton ne se parle pas en Haute-Bretagne : il n'est donc pas surprenant que le résultat soit «nul en Ille-et-Vilaine», et moins important en Côtes-du-Nord et Morbihan qu'en Finistère. Mais le sondage ayant été réalisé à l'échelle des quatre départements bretons et sans doute par des enquêteurs peu avertis des réalités linguistiques de la région, il n'est pas surprenant que l'on aboutisse à de telles conclusions.
- «la pratique du breton augmente avec l'âge. 17% des plus de 50 ans disent le parler en famille, contre 3% des moins de 25 ans». Ceci veut dire que les jeunes de 15 à 25 ans qui s'expriment usuellement en breton sont dix fois moins nom-breux à le faire que les personnes âgées de plus de 50 ans. Il ap-paraît clairement que la population bretonnante est particulière-ment âgée.
- «le breton est surtout usité chez les agriculteurs : 26% d'entre eux le parlent en famille, 6% dans les autres catégories de la population, sauf chez les étudiants : 1%». Par ailleurs, «le breton est le plus employé dans les communes rurales : 23%». Le breton est d'abord le moyen d'expression des ruraux, et plus spéciale-ment des agriculteurs.
Cette analyse des résultats du sondage de 1970 est complétée par un élément non chiffré précisant que «ce sont les personnes de niveau d'instruction primaire qui parlent le plus le breton». Cette précision est importante, dans la mesure où l'on sait que 66% des personnes interrogées sont du niveau du primaire.
En combinant cinq éléments : géographie, profession, âge, instruction, zone de résidence, il est possible d'établir un premier portrait des bretonnants d'après le sondage ORTF de 1970 - bretonnant étant toujours pris ici dans le sens de personne s'exprimant en breton plus souvent qu'en français, et non dans celui de personne sachant le breton. Il s'agit de Finistériens, d'agriculteurs de profession, âgés de plus de 5O ans, de niveau d'instruction primaire, et résidant dans une commune rurale. C'est la première fois que le portrait des bretonnants se révèle si nettement avec ces caractéristiques.
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