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La pratique du breton de l'Ancien Régime à nos jours

Pour quelles raisons la pratique du breton a-t-elle diminué ?

Si la pratique du breton est en régression rapide depuis le milieu du XXe siècle, ce ne peut être que sous l'effet de facteurs multiples et convergents, ou plus exactement en interaction avec eux. L'école a joué un rôle important. Les raisons politiques comptent pour beaucoup. Mais les facteurs économiques et démographiques sont aussi à prendre en compte. L'évolution sociolinguistique de la Basse-Bretagne s'est effectuée parallèlement à celle de la société considérée globalement.

Les facteurs économiques et démographiques

Est-il possible que des facteurs économiques et sociaux aient eu une incidence sur l'évolution de la pratique du breton ? La question a rarement été posée, et n'a guère suscité de contributions. Curieusement pourtant, ce sont des arguments d'ordre économique que mettent en avant différents auteurs du XIXe siècle, comme devant hâter, selon les termes d'un commissaire de police brestois sous le Premier Empire, «la francisation de cette province». A ce moment, c'est la construction de canaux à travers la Bretagne qui est censée accélérer ce mouvement, considéré comme éminemment souhaitable.

En 1863, l'Inspecteur Primaire de Brest, dans le rapport qu'il adresse à Quimper dans le cadre de l'enquête Duruy, se dit «persuadé que l'idiome breton ne fera définitivement place à la langue française que lorsque celle-ci sera devenue dans notre pays la langue des transactions commerciales, ce qui ne peut manquer d'arriver lorsque les voies ferrées actuellement en cours de construction, auront mis nos populations en contact avec le reste de la France, dont elles sont aujourd'hui pour ainsi dire isolées». Son homologue quimpérois écrit également : «l'établissement des écoles, le perfectionnement des voies de communication, le contact de plus en plus fréquent avec les populations des villes auxquelles leurs relations avec des étrangers ont peu à peu fait perdre l'habitude de parler constamment breton, ont influé et influent encore d'une manière heureuse sur les campagnes (…)» . Ce point de vue était partagé par l'Inspecteur d'Académie du Morbihan : «déjà le mouvement des affaires, l'ouverture de voies rapides de communication, ont préparé le terrain : en sortant de leur isolement, les populations bretonnes sentent l'inconvénient d'être souvent obligées de recourir à des intermédiaires pour discuter de leurs intérêts ou conclure leurs transactions» .

Les facteurs qui, selon ces auteurs, peuvent contribuer à l'extension de l'usage du français, outre l'école, sont donc l'établissement de nouveaux moyens de communication et le développement des relations commerciales, entre secteur rural et zones urbaines, d'une part, entre la région et l'extérieur d'autre part. Peut-on considérer comme juste ce qui, au départ, n'était formulé qu'en terme d'hypothèses ? Ce n'est évidemment pas le fait de se déplacer en train qui, en soi, conduit à s'exprimer en français et non plus en breton - encore que nous ayons personnellement observé, tout récemment encore, que des bretonnants ne se remettent parfois à s'exprimer entre eux en leur langue dans un TGV qu'après être passés par une phase intermédiaire, à la fois d'observation de leur nouvel environnement et d'expression en français. Le train est donc bien associé à l'usage de la langue nationale, et ce qu'avait remarqué le jeune P.J. Hélias à Pouldreuzic, c'est que le chef de gare parlait français…

L'intérêt d'un nouveau moyen de communication ne peut cependant provenir que de l'usage que l'on en fait. Il est avéré, à cet égard, que l'impact économique du percement du canal de Nantes à Brest fut sans commune mesure avec celui qui proviendra de l'arrivée du train à la pointe de Bretagne, dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le canal de Nantes à Brest n'a servi, il est vrai, qu'au transport de marchandises, alors que le train transportait également des passagers.

De l'un comme de l'autre, l'on escomptait dès le départ des avantages non seulement économiques, mais aussi culturels. En 1841, R. A. Hamon, le secrétaire particulier de Guizot - alors Ministre des Affaires Etrangères - développe le même raisonnement dans une lettre au journal «L'Union» qui mérite d'être longuement citée : «(…) L'intérêt commercial autant qu'un intérêt de justice parle donc en faveur de notre ligne, que veulent aussi des intérêts politiques, intérêts de civilisation et d'unité nationale. La Bretagne forme, pour ainsi dire, une nation distincte : mœurs, coutumes, langage, tout y diffère du reste de la France. Nous avons presque à civiliser cette province si belle mais encore si sauvage (…) Qu'une ligne de fer soit construite à travers ce pays, une circulation rapide s'établira, des populations bretonnes descendront vers la France centrale et des populations des provinces plus avancées en civilisation viendront à leur tour visiter la Bretagne. Un chemin de fer apprendra en 10 ans plus de français aux Bretons que les plus habiles instituteurs primaires et avancera de plus d'un siècle la fusion de cette vieille province avec nos jeunes départements. C'est vraiment pitié de ne point travailler plus activement que nous le faisons à civiliser, à franciser tout à fait cette belle province à l'entêtement si fier, aux sentiments si généreux. Un pareil but, à lui seul, vaudrait bien quelques millions (…)» .

Tout est dans ce texte : le constat de l'hétérodoxie linguistique, la définition de la Bretagne comme un pays à civiliser, la méfiance du pouvoir central, et, bien sûr, la conscience de tous les avantages supposés du nouveau moyen de transport : économiques, culturels et… linguistiques. Il faut bien dire que, localement, la perception est identique : une vingtaine d'années après cette lettre, le 7 septembre 1863, les Quimpérois reçoivent, la veille des cérémonies organisées pour fêter l'arrivée du rail dans leur ville, un faire-part singulier les invitant à se rassembler à la gare pour assister «au convoi funèbre des mœurs, coutumes, langage et traditions de la vieille Armorique, décédée aujourd'hui dans la 1900e année de son âge»  !

Mais si les nouveaux moyens de transport ont quelque conséquence sur le plan culturel ou linguistique, les effets n'en sont ni directement mesurables ni immédiats. Le secrétaire particulier de Guizot était donc bien présomptueux en 1841 : alors que le train arrive à la pointe de Bretagne sous le Second Empire, c'est plus d'un demi-siècle plus tard, entre les deux dernières guerres seulement, que l'on constate de réelles transformations concernant les usages linguistiques. Comme pour l'école, le développement de nouveaux moyens de communication ne saurait donc avoir eu qu'une incidence décalée, en cascade, sur les pratiques langagières.

Le développement des échanges

Plusieurs indices permettent cependant d'évaluer avec plus de précision les conséquences de certaines transformations économiques sur l'évolution de la pratique du breton.

Le développement des échanges en est un. Il s'agit tout d'abord des échanges entre la ville et la campagne environnante. Pour s'en tenir à la période récente, en 1946 par exemple, à Milizac la population la plus proche de Brest est la moins bretonnante de la commune, et selon l'enquêteur qui formule cette observation, «la raison en est bien simple : c'est que ces gens-là ravitaillent la ville en lait, légumes, etc… à raison de deux, trois fois par semaine». Toujours à la même date, ce sont les bourgs, et particulièrement le rôle d'intermédiaires que jouent les commerçants, qui servent d'agents et de foyers de diffusion du français.

Les mutations observables au niveau micro-économique le sont aussi au niveau macro-économique. Depuis 30 ans, alors que la connaissance et l'usage du breton sont en diminution rapide, le complexe agro-alimentaire breton ne cesse de prendre de l'importance, et vit intensément une intégration toujours plus poussée, non seulement au sein de l'économie nationale et européenne, mais également de l'économie mondiale. L'un n'est pas la cause directe de l'autre. Mais il apparaît bien que les échanges économiques ont une part prépondérante dans l'évolution sociolinguistique vécue par la Basse-Bretagne depuis la fin de l'Ancien Régime. Jean-Yves Guiomar, après avoir noté que «la diffusion de la langue française va de pair avec le développement des rapports marchands», le résume en une formule saisissante : «les mots de la langue française collent à la marchandise» .

Au siècle dernier déjà, Guillaume Le Jean, alors qu'il voyageait en 1874 près de la frontière linguistique, notait que le desservant de Saint-Connec «s'obstinait seul à prêcher en breton et luttait en faveur de sa vieille langue avec une ardeur de conservation digne d'un meilleur succès», et il expliquait que «deux choses ont passé par là, l'instruction primaire d'abord; et puis l'industrie. La langue française a fait une percée terrible jusqu'à Caurel et Perret, à plusieurs lieux au-delà de la limite. C'est que là sont les anciennes usines des Salles et tout l'attirail industriel de la maison de Rohan» . Yeun ar Gow aussi explique comment, enfant, il en vint à «marmonner quelques mots de français» : tout simplement en jouant avec le fils de l'un des entrepreneurs venus conduire les travaux de construction de la ligne de chemin de fer Pleyben-Châteaulin . Claude Saunier, en analysant la situation sociolinguistique de Carhaix au début du siècle, fait état du résultat des élections législatives de 1906, à l'occasion desquelles le candidat socialiste arrive en tête sur la ville, loin devant le candidat catholique et libéral dont l'objectif était de défendre la foi et la langue bretonne : ce résultat «prouve la circulation de (la nouvelle) langue révolutionnaire émise par l'école laïque, relayée par les orateurs syndicaux, les journaux socialistes et la masse parlante des ouvriers. La langue du 20e siècle, issue de l'industrialisation, est entrée dans Carhaix» .

Le développement urbain apparaît dès lors comme un autre facteur ayant eu une incidence sur l'évolution sociolinguistique de la région. Bien que l'urbanisation se soit fortement accélérée depuis la dernière guerre, la croissance des villes, de manière générale, a été lente en Bretagne. Brest, la plus importante ville de Basse-Bretagne, double sa population entre 1800 et 1846, passant de 22 000 à 55 000 habitants en un demi-siècle. Mais il a fallu attendre un siècle de plus pour qu'elle dépasse le chiffre de 100 000 en 1954, puis celui de 166 000 en 1975. Il n'en demeure pas moins que les villes ont toujours été perçues comme des centres d'usage et de rayonnement du français.

Les observations d'époque le soulignent effectivement et la recherche historique le confirme. Les voyageurs, tels L. Aymon de Franquières, qui traversent la Basse-Bretagne à la veille de la Révolution, en 1780, ne peuvent se faire comprendre «hors des grandes villes», ce qui veut bien dire que ce n'est que dans celles-ci que l'on rencontre des francophones. Les correspondants de Grégoire localisent également l'usage du français dans les centres urbains, et il en est ainsi jusque la première guerre mondiale, de la part de Coquebert de Monbret, de Gaultier du Mottay, des continateurs d'Ogée, y compris de Sébillot. Toutes les villes n'ont cependant pas la même pratique linguistique. Brest et Quimper, capitales administratives en quelque sorte, sont plus francophones que les villes moyennes : les comparants en justice résidant dans le port du Ponant ou au chef-lieu du Finistère n'ont guère besoin de faire appel à l'interprète; ceux des autres villes le font bien plus. Mais si c'est dans les villes que se concentrent les personnes qui savent le français, cela ne veut pas dire que l'on n'y parle pas le breton, bien au contraire. Savoir le français n'impliquait pas que l'on en fit toujours usage.

La langue de la promotion sociale

Pendant tout le XIXe siècle, quasiment, le breton reste donc une langue d'usage courant pour une grande partie de la population, puisqu'en 1902 toujours, la prédication en breton «ne peut pas» être supprimée même dans les grandes villes, pour ne pas compromettre l'instruction religieuse de ceux qui ne pourraient pas «sans inconvénients très sérieux» suivre des instructions faites en français : leur force d'attraction attire vers elles des populations monolingues bretonnantes touchées par l'exode rural. Mais dans le même temps, les communes suburbaines subissent l'influence brestoise : à Lambézellec et Saint-Pierre-Quilbignon, par exemple, les deux langues sont utilisées à l'église «selon les besoins de la population «. L'évolution ne cessera de s'accentuer jusqu'à la seconde guerre mondiale. Au moment de la circulaire Combes, sur 47 paroisses urbaines, 27 assurent la prédication majoritairement en breton, mais elles représentent moins de 40% de la population urbaine. Dans le même temps, 18 paroisses dispensent la prédication en français, pour près de 60% de la population des villes. En 1944, dans l'Evêché de Vannes, alors que la prédication est assurée en breton dans la majorité des paroisses (55%), les doyennés - autrement dit les villes - qui dispensent la prédication en français sont plus nombreux que ceux qui le font en breton (10 contre 6).

En fait, la langue nationale a d'abord dû, tout au long du XIXe siècle et au début du XXe, conquérir les villes , avant qu'elles ne deviennent elles-mêmes des centres de propagation du français. Elle a ensuite envahi les bourgs, vers le milieu du XXe siècle, pour se diffuser, dès lors très rapidement, sur tout le territoire de la Basse-Bretagne. A chaque étape, le rayonnement s'est fait du centre vers la périphérie. C'est caractéristique pour les grandes villes telles que Brest ou Quimper. Ce l'est aussi, à la dernière étape, et les séminaristes de 1946 l'ont bien mis en évidence, depuis les bourgs vers les campagnes. Les sondages confirment aujourd'hui que les bretonnants sont proportionnellement moins nombreux en ville, et les occasions d'y parler le breton plus rares. Urbanisation est donc bien synonyme de débretonnisation.

Or, le taux d'urbanisation dépasse les 50% depuis 1968, et approche les 60% à partir de 1975. Et le développement des villes est alimenté, pour une bonne part, par l'exode rural. Jusqu'à une date assez récente, les nouveaux arrivants étaient bretonnants. Ceux qui émigraient à Nantes, au Havre ou à Paris, sous le Second Empire et même au-delà, ignoraient le français, et c'est bien la raison pour laquelle on réclamait pour eux des prêtres bretons, c'est-à-dire à même de prêcher en breton. Par la suite, les bretonnants qui émigrent en ville savent aussi le français, notamment du fait des progrès de l'enseignement obligatoire. Dès lors, l'usage du breton se dilue dans les villes. L'exode rural a, toutefois, d'autres conséquences sur la pratique du breton.

La population rurale diminue, et la population bretonnante du même coup. Après la dernière guerre, de toutes les régions françaises, c'est la Bretagne qui connaît la plus forte émigration en chiffres absolus. Mais les migrations ne se font pas seulement vers d'autres régions : elles sont aussi interdépartementales et intercommunales. J. Sainclivier fait observer que de 1954 à 1962, le quart de la population de la région a changé de commune de résidence, les 2/3 de cette migration se faisant à l'intérieur même de la région, «le plus souvent d'une petite commune vers une plus grande» . Or nous savons par ailleurs que le taux de pratique du breton est le plus fort dans les communes rurales, et le plus faible dans les villes. Depuis la Libération, l'exode rural contribue donc à la baisse de la population bretonnante, et ceci est particulièrement vrai en Bretagne centrale : alors que dans 30% des communes, la baisse est au moins de 1% par an, dans des cantons comme Le Huelgoat ou Carhaix, la perte de population atteint jusqu'à 20 ou 25% en huit ans. La Bretagne centrale est en voie de désertification, et simultanément, en voie de débretonnisation.

Les relations avec les émigrés, qu'ils se soient établis hors de la région ou dans la région elle-même, conduisent nécessairement à la pratique du français. Parmi les témoignages que l'on peut recueillir à ce sujet, celui de P.J. Hélias est éloquent : «les enfants du pays qui vont à Paris pour gagner leur pain depuis la guerre de quatorze en arrivent très vite à haïr leur langue, synonyme de pauvreté, symbole d'ignorance et promesse de dérision. C'est tout juste s'ils ne maudissent pas leurs parents pour ce patrimoine plus déplorable qu'une tare physique héréditaire. A peine ont-ils passé un an dans quelque bas emploi de la capitale qu'ils reviennent au pays pour faire la roue devant leur cousinage de «coupeurs de vers…» . Les émigrés de fraîche date maîtrisent peut-être mal le français, et les bretonnants n'en sont pas toujours dupes; mais grâce à lui, ils occupent un emploi envié.

La perspective d'une émigration considérée comme inéluctable est dès lors une incitation à l'apprentissage de la langue nationale. Le breton est considéré comme un handicap. L'accès aux emplois de l'émigration, ceux de la fonction publique ou les autres, implique la meilleure connaissance possible du français. C'est l'une des raisons qui expliquent la rage d'apprendre qui a touché toute la jeunesse finistérienne depuis les années 1930, comme la décision des familles d'élever désormais leurs enfants en français. Le breton était une langue de paysans : puisqu'il n'était plus possible que tous les enfants fussent paysans, il fallait leur apprendre la langue de la promotion sociale.

La venue des touristes

L'urbanisation et l'exode rural ne sont pas les seuls facteurs qui aient eu des conséquences sur l'évolution de la pratique du breton. L'apparition, puis le développement de ce qui est désormais considéré comme une véritable industrie, à savoir le tourisme, ont également influé sur les usages linguistiques. Tant que le tourisme était l'apanage de voyageurs isolés, l'incidence était nulle : ce sont eux, au contraire, qui s'adaptaient à la situation linguistique du pays qu'ils visitaient, en se faisant accompagner, s'ils le pouvaient, d'un interprète, et c'est précisément ce que firent Mérimée, Bachelot de la Pylaie et bien d'autres. Mais dès la fin du XIXe siècle, l'afflux des visiteurs devient un phénomène de masse. L'impact en est géographiquement limité, mais c'est à ce moment qu'un certain nombre de localités se transforment en stations balnéaires : Perros-Guirec, notamment, dans les Côtes-du-Nord, et, en Finistère, Le Pouldu, Beg-Meil, Bénodet, Morgat, Brignogan, Roscoff. A l'intérieur, Le Huelgoat est également un centre de villégiature fréquenté. Le chemin de fer facilite le déplacement. «La côte commence alors à se jalonner de villas» . Des polémiques, qui préfigurent celles des années 1970-90, naissent déjà sur l'opportunité de certaines constructions, comme celle d'un institut marin, à Roscoff par exemple, en 1902.

Ce ne sont évidemment pas les estivants qui changent de langue : de la même manière qu'aujourd'hui ceux qui séjournent pour une ou deux semaines de vacances en Tunisie ou au Sénégal ne s'intéressent nullement à la langue locale, les «étrangers» qui venaient au début du siècle en Basse-Bretagne ne ressentaient nullement le besoin d'apprendre le breton. Ce sont donc les autochtones qui, dès que possible, s'adaptent linguistiquement à la présence du touriste. Pierre-Jakez Hélias le signale pour la période de l'entre-deux guerres : même quand les touristes «sont pour la plupart des enfants du pays employés dans les villes et qui viennent assez régulièrement respirer l'air natal (…) ils ont tendance à s'exprimer en français pour un oui ou pour un non alors que la langue quotidienne demeure le breton pour tout le monde ou presque» . A plus forte raison, les échanges quotidiens avec les estivants non originaires de la région ne peuvent se faire qu'en français. Selon Yeun ar Gow, «lorsque des étrangers venaient chercher une voiture (à louer chez son père, à Pleyben), il leur fallait à chaque fois un chauffeur sachant le français. Mais ils devaient le plus souvent s'en passer, car rares étaient alors les ouvriers qui pouvaient s'exprimer correctement en français» .

Emile Combes, au lieu d'obliger par un décret inefficace les recteurs de Basse-Bretagne à prêcher en français, aurait dû leur envoyer des vagues de touristes. Car dès 1902, la prédication est devenue bilingue à Saint-Jean-du-Doigt, Plougasnou ou Penmarc'h, «pendant la saison des bains», «quand il y a des baigneurs» ou quand «nous avons des étrangers». Les baigneurs étant à l'époque bien plus matinaux qu'aujourd'hui, à Plounéour-Trêz la messe de 8 heures est célébrée à leur intention, et les instructions s'y font en français, «jamais en breton». L'introduction de la langue nationale s'accompagne de l'écrit : «je fais afficher en français à la porte de l'Eglise les avis et les fêtes de la semaine», précise toujours le recteur de Plounéour-Trêz. Cette tendance à changer de langue pour la prédication au cours de la saison d'été va se renforcer et se confirmer : en 1936-39, c'est pendant le mois d'août que l'on prêche en français au Yaudet; à Saint-Michel-en-Grève du 15 juillet au 15 septembre; à Lanloup, pendant la saison des bains, etc… A chaque fois, le motif est explicité : c'est «à cause des touristes». En 1946, un séminariste de Kerlouan note que les paysans «parlent facilement le français à ceux qui viennent les voir, les touristes (…)». Le touriste est donc clairement identifié à la fois comme parlant une autre langue et comme induisant pour l'autochtone l'obligation de la parler aussi. Le touriste, c'est l'introduction de la langue venue d'ailleurs.

C'est à partir de 1936 que les touristes se font plus nombreux, du fait de l'instauration des congés payés. Albert Le Bail, le député-maire de Plozévet, s'en félicite : «j'ai pu constater, dans mon pays breton, et notamment dans le petit village de Plozévet, que j'administre, les conséquences économiques des congés payés (…) Eh bien, cette année, le pays a été littéralement envahi par les congés payés. Toutes les chambres libres dans le bourg ont été réquisitionnées par les hôteliers, qui s'arrachaient les cheveux de désespoir, refusant vingt à trente personnes par jour. A proximité, Lesconil, petit port à peu près inconnu jusque là, recevait plus de quinze cents baigneurs; chiffre très supérieur à celui de sa population. Ceux-ci couchaient dans les caves, dans les greniers, en dortoirs…» .

Après la guerre, les visiteurs vont déferler : de 1955 à 1975, on observe le triplement du nombre de touristes séjournant en Bretagne, et la région en accueille désormais chaque année autant qu'elle compte d'habitants. Les conséquences de ce que certains n'hésitent pas à qualifier d'«invasion» n'ont guère, semble-t-il, fait l'objet d'analyses détaillées. Pierre-Jakez Hélias en avait indiqué quelques-unes dans son «Cheval d'orgueil» : les changements portent sur la tenue vestimentaire, les mentalités (le comportement par rapport à la photographie, par exemple), les habitudes de loisirs des autochtones eux-mêmes, qui en viennent à leur tour aux bains de mer, etc… . Dans «L'homme aux semelles de vent» aussi , Michel Le Bris dresse en forme de charge l'inventaire de tous les «désordres» que produit l'afflux des touristes jusque dans son village de Saint-Samson, en Plougasnou : relations sociales, mutations de propriété, implosion des communautés traditionnelles… Les formes d'hébergement variaient en fonction des revenus et du statut social : «dans leur majorité, ces touristes étaient de revenus modestes : ils campaient, prenaient pension à l'hôtel, commençaient à louer chez l'habitant. Mais quelques-uns, docteurs, dentistes, pharmaciens, professeurs, nous éblouissaient par leur train de vie «fastueux». Nous étions chez nous bien sûr et pourtant de plus en plus de femmes allaient travailler chez ces gens-là (nous disions «servir») pendant les mois d'été. Avez-vous déjà vu un touriste servir un autochtone ? Nous nous moquions d'eux, mais en même temps nous les servions».

Il est un aspect cependant que Michel Le Bris n'a pas songé à analyser, tout en y faisant allusivement référence par le rappel de quelques mots de breton qui ont marqué son enfance : c'est l'incidence de cet afflux de touristes sur le parler de la population locale. Or, la période de régression générale de la pratique du breton est aussi celle pendant laquelle, depuis les années 1950 jusqu'à aujourd'hui, le tourisme s'est à ce point développé qu'il est devenu une activité économique majeure en Bretagne : «la seconde activité économique de la Bretagne», selon le professeur Flatrès, la «première industrie de France», selon l'éditorial d'un professeur de prospective industrielle dans le journal «Ouest-France» .

Quoi qu'il en soit, la Bretagne est la deuxième région touristique française pour la fréquentation d'été, la troisième pour la fréquentation annuelle. On estime à 700 000 le nombre de touristes ayant séjourné en Bretagne en 1955, et à 2 millions ceux qui l'ont fait en 1975. En 1985, le pourcentage des étrangers (Britanniques et Allemands, mais aussi Néerlandais, Italiens et Espagnols) se situe autour de 30%, une part notable des touristes étant par ailleurs d'ascendance bretonne (Bretons de Paris, etc…). Le tourisme n'est plus seulement littoral, il s'est infiltré partout : qui douterait aujourd'hui de la nécessité de développer le tourisme rural ? En 1992, le seul département du Finistère est à même de proposer plus d'un millier de gîtes ruraux . Si le tourisme d'été est toujours nettement prédominant, commencent à se répandre de nouvelles formes de fréquentation, telles que vacances d'inter-saison, week-ends, tourisme de randonnée, sport nautique, etc… L'évolution des capacités d'hébergement peut être considérée comme le témoin du développement de l'activité touristique :

Type d'hébergement

Nombre de lits

spécialisé

23 463

hôtelier

31 494

meublés touristiques, gîtes ruraux

72 212

de plein air

133 476

résidences secondaires

203 595

total

464 240

Tableau. Les capacités d'accueil touristique du Finistère en 1992. Source : Comité Départemental du Tourisme du Finistère.

 

Selon le Comité Départemental du Tourisme, le Finistère peut accueillir simultanément un nombre de touristes équivalent à plus de la moitié de sa population résidente (838 687 habitants). Dès 1968, en Bretagne, les résidences secondaires représentent au moins un logement sur dix .

Les différentes formes de tourisme (camping, location chez l'habitant, hôtellerie même…) impliquent un contact avec l'habitant, et donc un contact linguistique. En pays bigouden à Lesconil, Loctudy, l'Ile-Tudy, c'est précisément «au contact des touristes» que, selon le témoignage de P. Keraval, les commerçants, puis la population dans son ensemble, en viennent à la pratique du français. Comme le touriste impose l'usage de sa propre langue partout où il s'installe , l'on admettra que le développement du tourisme depuis un siècle et l'explosion des activités touristiques au cours de ces 40 dernières années aient pu être vécus comme une incitation à l'abandon du breton. En présence des touristes, tout le monde s'adapte : le clergé certes dès le début du siècle, mais aussi tous ceux qui trouvent dans cette activité une nouvelle source de revenus. Non seulement les commerçants, mais les salariés de diverses conditions, vivant à leur contact immédiat, ne peuvent éviter d'adopter leur parler. Plus la (Basse)-Bretagne devient un pays touristique, moins elle parle le breton.

Michel Le Bris résume : les touristes ont été, dit-il, «les voyageurs de commerce de la modernité». Il explique aussi, toujours à sa façon, comment, au même moment, les paysans se sont trouvés en situation de gagner de l'argent : «le capital s'accumula, et les portes se fermèrent» . L'explication est simple : jusqu'au milieu des années 50, il était d'usage à la campagne de toujours laisser ouvertes les portes des maisons, été comme hiver. A partir du moment où la petite exploitation familiale - doublement caractérisée par son système de polyculture et sa finalité d'autoconsommation - se transforme, il n'est plus question que de monoculture et de mise en marché, et c'est pour «cacher» leurs beaux billets neufs que les paysans commencent à garder leurs portes fermées… Parlant en tant que trégorrois des jeunes agriculteurs léonards, M. Le Bris se rappelle que «leur langage étonnait. Chez nous, l'épargne était reine, l'endettement inimaginable, la marque même de l'infamie, seuls les fainéants faisaient des dettes ! Et voilà que ces jeunes parlaient «investissements», «rentabilité», «groupements de producteurs» (…)» .

Le breton dans l'entreprise

Ce n'est pas seulement l'irruption d'un nouveau langage - sous-entendu : économique - qui étonnait. C'est en français que s'expriment les nouveaux jeunes agriculteurs modernistes : il est significatif, à cet égard, qu'Alexis Gourvennec et de nombreux autres leaders agricoles ne parlent pas le breton. C'est par l'intermédiaire du français que se sont faites la modernisation de l'agriculture bretonne depuis les années 1950, et son insertion dans l'économie de marché. En amont, l'usage du français accompagne la maîtrise des nouvelles techniques de culture ou d'élevage, l'acquisition de nouveaux outils (tracteurs, machinisme, et maintenant informatique…), la formation initiale désormais indispensable. En aval, il conditionne la conquête et la gestion des marchés, que ce soit par le biais du développement de l'industrie agro-alimentaire régionale, ou, surtout, la recherche de débouchés extérieurs à la région. Parmi les actifs, les agriculteurs restent la catégorie sociale la plus bretonnante, et c'est grâce au breton que bien plus d'un tracteur s'est vendu. Mais les contrats ont toujours été rédigés en français, et la connaissance du breton, si elle peut toujours être considérée comme un atout, n'est plus indispensable pour établir une transaction. La révolution agricole bretonne s'est aussi produite, de fait, en même temps que l'abandon du breton comme moyen principal de communication dans les campagnes de Basse-Bretagne.

Le breton reste pourtant langue d'usage au sein de l'entreprise. Deux enquêtes récentes fournissent à ce sujet des indications intéressantes. La première est une incursion dans l'agence du «Crédit Agricole» de Plouaret, dans les Côtes d'Armor . Sur 10 employés, 7 parlent breton. Le plus ancien y travaille depuis 22 ans : «à l'époque, même si ce n'était pas dit, on recrutait des gens qui parlaient le breton. C'était naturel et probablement indispensable. Aujourd'hui encore, le candidat qui est bretonnant a une chance supplémentaire au Crédit Agricole». Le même agent précise qu'«à ce moment-là, très peu étaient bancarisés. Aller chercher de l'argent chez les gens, c'est leur demander quelque chose qui leur est cher. Si je n'avais pas parlé en breton, je n'aurais pas pu le faire…» Un autre employé souligne que le breton domine à 90% dans ses tournées, sur les communes de Loguivy et de Plougras. A l'agence elle-même le breton est largement pratiqué : le premier intervenant, et donc le plus ancien, estime qu'il fait près du tiers de son travail en breton : «mais les gens qui savent le breton ne le parlent pas tous à l'agence. Ce sont les clients qui commandent. Je ne vais pas me mettre à parler breton s'ils me parlent en français». Les jeunes en particulier préfèrent s'exprimer en français, y compris lorsqu'ils sont eux-mêmes bretonnants.

Ce qui ressort de cette incursion dans la vie quotidienne d'une agence bancaire située dans un secteur resté lui-même très bretonnant, c'est tout d'abord la constatation d'une pratique effective du breton dans le cadre de relations bancaires. Mais cette pratique est clairement ressentie comme ayant été plus forte précédemment, et comme étant désormais le fait de la clientèle la plus âgée, et des agents les plus anciens. Par ailleurs, elle ne saurait être volontariste : il n'est pas question de traiter une affaire en breton avec un bretonnant qui préfère s'exprimer en français. L'usage du breton n'est donc pas vécu comme une affirmation d'identité.

L'autre enquête sur le breton dans l'entreprise date de mai 1990. Elle a été effectuée auprès de 200 entreprises des Côtes d'Armor, du Finistère et du Morbihan . A la question : «avez-vous utilisé la langue bretonne dans votre entreprise ?», 68% répondent négativement, et un quart (27%) positivement. Le pourcentage des entreprises du secteur agricole utilisant le breton est à peine supérieur : 29%; il s'élève à 36% dans le secteur tertiaire. Le constat des enquêteurs est le suivant : lorsque des entreprises utilisent le breton, «cela se fait essentiellement dans le domaine commercial (19% des 27%). Ensuite, le breton s'utilise principalement au niveau du fonctionnement interne et de l'information produit (6%). Le breton est par contre très peu utilisé au niveau de la publicité et de la correspondance (2 à 3%)».

A la question : «dans quel but avez-vous utilisé le breton ?», les réponses font surtout état du souci des entreprises d'améliorer leur image de marque, mentionnant également la satisfaction personnelle, ainsi que - mais dans une faible proportion (2%) - la satisfaction d'une clientèle bretonnante : «souci de service auprès des anciens et besoin d'une clientèle rurale et agricole». 73% des entreprises ne sont pas du tout intéressées par le breton, ce qui, aux yeux des enquêteurs, «montre bien que l'utilisation de cette langue demeure assez négative dans le domaine économique». Les motifs de non-utilisation sont les suivants : «c'est un moyen de communication restreint (…) :

- les produits sont peu adaptés
- les clients et les fournisseurs ne connaissent pas la langue
- le personnel a souvent des difficultés de compréhension
- le breton semble réservé au patrimoine culturel et non économique.

De nombreuses personnes qualifient cette langue de désuète :

- par son manque d'utilité
- par son utilisation limitée
- par son avenir incertain (…)
- l'anglais et l'allemand semblent plus indispensables à l'heure actuelle
- la clientèle est essentiellement touristique et étrangère».

Plusieurs éléments apparaissent à la lecture de ces résultats. Tout d'abord, que le breton vaut plus, aujourd'hui, en termes d'image qu'en termes de rôle social : on reste à chaque fois dans le domaine de la communication, mais il est significatif que la langue a désormais pour fonction de valoriser l'image de marque de l'entreprise, plus que de contribuer concrètement à l'aboutissement d'une transaction. Deux illustrations :

- les produits à dénomination bretonne sont assez souvent des produits dont la clientèle est plutôt touristique .
 
- lorsqu'il y a quelques années, les frères Rolland, de Plouédern, ont construit près de leur laiterie la première unité de la région Bretagne pour la fabrication de crèmes glacées, ce n'est pas un terme breton qu'ils ont retenu comme nom de marque - bien qu'ils y aient pensé : ils ont préféré créer un néologisme, «Flipi», dont ils ont pensé qu'il pouvait mieux contribuer à la diffusion de leurs produits, en Bretagne et ailleurs .

Le profil de la clientèle spécifiquement bretonnante est, en outre, désormais bien ciblé : elle est rurale et âgée, et l'opération commerciale elle-même prend alors une connotation de service «auprès des anciens», que toutes les entreprises qui se veulent maintenant performantes dans le cadre de l'économie de marché ne sont sûrement pas prêtes à prendre en compte… En 1946, déjà, souvenons-nous, un enquêteur observait que «dans le commerce, il n'est plus nécessaire de connaître le breton, même pour le commerce avec les gens de la campagne, mais il est bon et prudent» de le connaître. A la même date, les commerçants continuent à s'exprimer en breton avec leur clientèle, mais ont adopté le français pour leur usage personnel. En 1954, P. Keraval confirme le fait, à l'Ile-Tudy et Loctudy.

Quant aux motifs de non-utilisation du breton avancés dans l'enquête qui vient d'être exposée, ils témoignent d'un réalisme qui relève typiquement de la logique d'entreprise : ni les fournisseurs, ni les clients ne le connaissent. Dès lors à quoi bon s'en servir ?

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