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Les sondages sur la langue bretonne : combien de locuteurs ?

Parler breton au XXIe siècle : les chiffres-clés

Méthodologie

Ce sondage sur la langue bretonne est le cinquième effectué par TMO Régions en près de vingt ans et dont j'ai analysé et publié les résultats :

  • j'avais pris l'initiative du premier de manière à disposer d'un état de la langue bretonne au moment où je terminais la rédaction de ma thèse sur l'évolution de la pratique sociale du breton depuis la fin de l'Ancien Régime. À ce moment-là, on manquait cruellement de données actualisées en la matière, ce que les premiers travaux de sociolinguistique en France regrettaient amèrement. Le sondage a donc été réalisé entre fin 1990 et début 1991 sur le territoire de la Basse-Bretagne, zone traditionnelle de pratique du breton. Le but était de savoir qui parlait le breton, dans quelles circonstances on le parlait et quelle était l'opinion des Bretons sur cette langue
  • la seconde enquête a eu lieu en 1997, selon le même protocole et avec les mêmes objectifs, toujours en Basse-Bretagne
  • en 2000, un sondage plus restreint a été effectué sur six cantons du nord-ouest des Côtes d'Armor, correspondant à la zone de diffusion de l'hebdomadaire "Le Trégor"
  • le sondage commandé en 2001 par l'association "Buhez" portait uniquement sur les représentations. Il a été mis en œuvre à l'occasion de l'année européenne des langues et dans le cadre de l'exposition "Parlons du breton !". Ce sondage a été réalisé sur les cinq départements de la Bretagne historique.

Les modalités du nouveau sondage

Comme ceux de 1990 et de 1997, le nouveau sondage a été mis en œuvre avec un triple objectif :

  • déterminer le pourcentage et le nombre de ceux qui sont aujourd'hui capables de comprendre et de s'exprimer en breton
  • détecter et analyser les modalités d'usage du breton par ses locuteurs sur la base de la formule bien connue des sociolinguistes : qui parle quelle langue, à qui et quand ?
  • repérer les représentations liées à la langue bretonne tant parmi les locuteurs que parmi les non-locuteurs.

livresondage022Le questionnaire de base comprenait un total de 52 questions différentes. De nouvelles formulations ont parfois été adoptées et de nouvelles questions ont pu être introduites, pour tenir compte des évolutions de la société. Mais la plupart des questions ont été posées dans les mêmes termes, pour faciliter les comparaisons avec les enquêtes précédentes.

Ce nouveau sondage a été réalisé entre le 3 et le 19 décembre 2007.

L'innovation principale qui le caractérise est qu'il a été effectué non seulement en Basse-Bretagne, mais également en Haute-Bretagne. Ce sont donc les 4 départements de la région Bretagne qui ont été sondés, ainsi que la Loire-Atlantique. Deux conditions devaient être réunies à cet effet : l'une était d'ordre méthodologique, l'autre d'ordre budgétaire. Il est évident que la réalisation d'une telle enquête sur les 5 départements de la Bretagne historique nécessitait un budget plus important qu'une enquête limitée au seul territoire de la Basse-Bretagne. Les moyens ont pu être réunis grâce au concours des collectivités territoriales :

  • Région Bretagne
  • Département du Finistère
  • Département du Morbihan
  • et avec l'aide de France 3 Ouest en tant que partenaire média.

Il a aussi fallu arrêter des protocoles d'enquête différents en fonction de la zone concernée :

  • pour la Haute-Bretagne, 601 questionnaires ont été passés, ce qui était suffisant pour déterminer les taux de compréhension et de pratique du breton sur ce territoire et pour recueillir l'opinion des personnes interrogées au sujet de la langue bretonne. Ces questionnaires ont été répartis entre la partie orientale des Côtes d'Armor et du Morbihan, l'Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique.
  • l'échantillon retenu pour la Basse-Bretagne est plus élevé, dans le même esprit que ce qui avait été fait en 1997. Ici aussi, l'objectif était, dans un premier temps, de savoir combien il y a de locuteurs dans ce secteur, ce qui aurait été tout à fait possible en interrogeant quelques centaines de personnes seulement. Mais nous souhaitions en outre disposer d'une base suffisante de bretonnants pour pouvoir dans un deuxième temps affiner de manière suffisamment fiable l'analyse de cette population bretonnante et en déterminer les caractéristiques. 2 508 enquêtes ont donc été réalisées en Basse-Bretagne, c'est-à-dire dans le Finistère et dans la partie occidentale des Côtes d'Armor et du Morbihan.

L'ensemble du territoire breton a fait l'objet d'un découpage en 7 zones d'enquêtes. Une typologie des communes a été mise au point entre communes rurales, communes littorales et unités urbaines (ces dernières en fonction de leur taille : moins de 20 000 habitants, de 20 000 à 199 999 habitants et 200 000 habitants et plus). Au total, l'enquête a été menée dans 114 communes différentes de Basse-Bretagne et dans 132 communes de Haute-Bretagne (Loire-Atlantique comprise).

Au sein de chaque zone d'enquête, ont été sélectionnées aléatoirement jusqu'à 8 communes de chaque type (sauf pour les communes littorales du Finistère, où il en a été sélectionné jusqu'à 18). Des quotas portant sur le sexe, l'âge, l'activité professionnelle et le type de communes des personnes interrogées ont été imposés au sein de chaque zone d'enquête. Une pondération selon la structure réelle de ces données a été calculée afin de s'assurer de la représentativité réelle de l'échantillon selon ces critères.

La passation du questionnaire a été téléphonique. Un questionnaire court avait été rédigé à l'intention des personnes qui déclaraient ne pas parler le breton. Il était plus long pour celles qui déclaraient le parler.

Deux ou trois autres points restent à préciser.

  • Tout d'abord, le sondage a été réalisé auprès de personnes âgées de 15 ans et plus.
  • Ensuite, le nouveau sondage, comme les précédents, était déclaratif : il n'était pas possible en effet de procéder à un contrôle linguistique des réponses fournies, essentiellement pour des raisons de coût et de temps. La compétence réelle des locuteurs n'a donc pas été vérifiée : or peuvent déclarer parler le breton des personnes qui ne le font pas en réalité, l'inverse étant également tout à fait possible. Les réponses ont donc été notées sur la base des indications fournies par les personnes sondées. Il apparaît cependant que celles qui ont été contactées pour ce type de sondage ont répondu aux questions qui leur étaient posées avec une réelle disponibilité et une grande spontanéité.
  • Concernant les résultats enfin, comme il s'agit d'estimations et pour en faciliter la lecture, tous les chiffres présentés ont été volontairement arrondis. Ces chiffres indiquent donc bien un ordre de grandeur.

 

Quelques chiffres-clés

Comprenez-vous le breton ?

  • En Basse-Bretagne, 12% des personnes interrogées comprennent très bien le breton et 10% le comprennent assez bien, soit au total 22 %.
  • En Haute-Bretagne, le pourcentage est de 2 %.

 

Parlez-vous le breton ?

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  • En Basse-Bretagne, 5% affirment le parler très bien et 8% le parlent assez bien.
  • Les bretonnants sont donc aujourd'hui 13% de la population de la Basse-Bretagne. Cela veut dire que 9 % de ceux qui comprennent le breton ne le parlent pas. La population bretonnante peut être évaluée aujourd'hui à 172 000 locuteurs : pour la première fois, le nombre de locuteurs est inférieur à 200 000 dans la zone traditionnelle de pratique de la langue.
  • En Haute-Bretagne, 1% se disent à même de parler le breton, soit environ 22 500 personnes.
  • Si l'on intègre la population scolaire (élèves des classes bilingues), le nombre total de bretonnants sur les 5 départements est de 206 000 personnes.

 

L'âge des bretonnants

On observe une baisse du pourcentage de locuteurs dans chaque tranche d'âges, sauf pour les plus jeunes et pour les plus âgés.

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Cependant, il y a 10 fois moins de bretonnants aujourd'hui parmi les plus jeunes que parmi les plus âgés : les 15-40 ans sont au nombre de 12 000, quand les plus de 60 ans sont 120 000.

Les locuteurs de 15 à 59 ans ne représentent que 30 % des bretonnants en Basse-Bretagne (soit 52 000 locuteurs au total). Les deux autres tranches d'âges réunies, soit la totalité des plus de 60 ans, rassemblent aujourd'hui 70 % des bretonnants : ce taux équivaut à une population de 120 000 locuteurs.

Cependant, les 15-19 ans sont la seule tranche d'âges dans laquelle on observe une légère augmentation du nombre de locuteurs : alors que le taux était inférieur à 1 % en 1997, il est remonté à 4 % aujourd'hui.

Les 20-39 ans sont peu nombreux à savoir le breton : mais un tiers des jeunes parents bretonnants s'adresse en breton à leurs enfants.

 

L'évolution démographique

item3

Pour la première fois, il y a largement moins de 200 000 bretonnants en Basse-Bretagne.

Les bretonnants étaient 20 % il y a dix ans : en pourcentage, la diminution est donc de 7 points.

En Basse-Bretagne, la population estimée était de 246 000 locuteurs en 1997 : la diminution est donc de 30 %.

La diminution du nombre de locuteurs est-elle due à un effet d'âge ou à un effet d'augmentation de la population ? Les 2/3 des bretonnants avaient plus de 60 ans en 1997 : le déclin du nombre de locuteurs entre 1997 et 2007 était largement inscrit dans la pyramide des âges des locuteurs de 1997.

83 000 locuteurs de 1997 sont décédés en 2007. L'arrivée de 9 000 jeunes locuteurs est donc très insuffisante pour combler ces décès.

 

 La pratique du breton

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La pratique occasionnelle reste prédominante : près de 35 000 locuteurs parlent le breton tous les jours, et il sont aussi nombreux à le parler souvent. Mais ceux qui le parlent quotidiennement sont la moitié moins nombreux à le faire qu'il y a dix ans : ils étaient 68 000 en 1997. A l'inverse, le pourcentage de ceux qui ne le parlent plus du tout a doublé : il est désormais de 11 %.

 

Le profil des bretonnants

Le profil-type du bretonnant au début du XXIe siècle contraste fortement par rapport à l'image véhiculée aujourd'hui par les médias, qui reflète le dynamisme des bretonnants impliqués dans la promotion de leur langue ou dans le développement d'activités diverses en langue bretonne.

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Quel breton ?

Aucune enquête ne permettait jusqu'à présent de mesurer l'importance respective des différents parlers ou "dialectes" bretons. Les locuteurs s'identifient bien à leur parler :

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Opinions sur la langue

En Basse-Bretagne, 56% des personnes interrogées sont très attachés ou assez attachés à la langue bretonne, alors qu'ils étaient 69 % en 1997. Ce sont les plus de 40 ans qui affichent le plus fortement leur intérêt pour la langue bretonne. Les 15-19 ans, par contre, ne lui témoignent qu'un assez faible intérêt : seuls 33 % déclarent y être très ou assez attachés.

Les bretonnants sont beaucoup plus persuadés que les non-locuteurs de l'intérêt de savoir le breton.Sur les cinq départements, 44 % des habitants estiment que c'est indispensable ou utile. Le plus grand nombre considère que ça présente peu d'intérêt.

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Le prestige du breton en Bretagne historique :

  • sur une échelle de 0 à 10, 43% des personnes interrogées lui attribuent une note égale ou spérieure à 10
  • 55% une note égale ou inférieure à 5.

Pour autant, ceux qui considèrent qu'il faut conserver le breton sont 89% en Basse-Bretagne et 87% en Haute-Bretagne. Mais il y a un décalage important entre le souhaitable et le possible : en Basse-Bretagne, 67% croient qu'il sera possible de conserver le breton.

 

Quelle vitalité ?

Comment caractériser désormais la langue bretonne ? Ce qui est certain, c'est qu'elle n'est pas aujourd'hui un moyen de communication comme le sont le plus souvent les autres langues. Elle l'a été, jusqu'au milieu du XXe siècle : elle ne l'est plus tout à fait.

Il n'est pour ainsi dire plus la langue du foyer : 14 % le parlent toujours ou souvent avec leur conjoint. Il est encore moins celle du travail : 2% l'utilisent toujours ou souvent entre employeurs et salariés. Il est assez peu la langue des relations formelles (mairie…). L'usage concret du breton par les locuteurs eux-mêmes est en régression dans la plupart des registres.

Il faut donc bien se poser la question : peut-on parler de vitalité pour ce qui est de la langue bretonne ?

  • Si la vitalité d'une langue est liée au nombre croissant de ses locuteurs, on ne peut effectivement pas considérer que le breton soit actuellement dans une telle situation : c'est plutôt l'inverse.
  • Si la vitalité tient à la fréquence d'utilisation de la langue dans les différents contextes de la vie courante, il faut reconnaître que la plupart des locuteurs l'utilisent moins que le français.
  • Si enfin la vitalité d'une langue dépend des fonctions qui lui sont attachées, la situation est plus ambivalente. Il n'y avait jamais eu jusqu'à présent autant d'emplois directement liés à la langue bretonne. La présence du breton sur internet témoigne d'une réelle dynamique. Mais 5 % des bretonnants seulement utilisent internet en breton.

 

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Le livre "Parler breton au XXIe siècle" est disponible

- en librairie
 
- ou directement auprès de l'éditeur : emgleo.breiz@wanadoo.fr

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