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Les livres publiés par Fañch Broudic

A la recherche de la frontière : la limite linguistique entre Haute et Basse-Bretagne

limite 

BROUDIC (Fañch). - A la recherche de la frontière. La limite linguistique entre Haute et Basse-Bretagne aux XIXe et XXe siècles. - Brest : Ar Skol Vrezoneg, 1997. - 179 p., cartes.

2e édition.

ISBN 2-906373-44-3

Texte de page 4 de couverture

 

Table des matières

Introduction
Chapitre 1. Les origines.
Chapitre 2. Les cartes anciennes.
Chapitre 3. Une enquête impériale.
Chapitre 4. Le mystère du Dictionnaire d'Ogée.
Chapitre 5. Et Sébillot vint.
Chapitre 6. Les décisions de l'Evêque.
Chapitre 7. Les étonnements de Dauzat.
Chapitre 8. La riposte de R. Hemon.
Chapitre 9. R. Panier : une recherche exemplaire.
Chapitre 10. Dans le Centre Bretagne.
Chapitre 11. Une frontière évanescente.
Conclusion.
 
Annexe 1. Chronologie.
Annexe 2. Coquebert de Monbret.
Annexe 3. P. Sébillot.
Annexe 4. R. Hemon.
Annexe 5. Tableau général.
Annexe 6. Correspondances administratives.
Annexe 7. La population de la Basse-Bretagne.
 
Bibliographie.

 

Extrait 1. Les observations des voyageurs

Dans la première moitié du XIXe siècle, la séparation est tranchée entre les deux parties de l'ancienne province. Sur le sujet, historiens, écrivains, voyageurs, multiplient les observations :

- selon Gilbert Villeneuve qui publie en 1828 un "Itinéraire descriptif du département du Finistère", "il n'y a absolument aucune nuance : on parle bas-breton, ou on ne le parle pas, point d'intermédiaire (…). Les différences sont tranchées pour ainsi dire au vif (…)".
- Michelet, lorsqu'il traverse la Bretagne en août 1831, pour les besoins de son "Tableau de la France", écrit : "la langue bretonne ne commence pas même à Rennes, mais vers Elven, Pontivy, Loudéac et Chatelaudren. De là, jusqu'à la pointe du Finistère, c'est la vraie Bretagne, la Bretagne bretonnante, pays devenu tout à fait étranger au nôtre…".
- pour Alfred de Courcy, en 1840 : "il y a tant de radicales différences entre la haute et la basse Bretagne qu'il faut des mots divers pour les désigner (…). La langue constitue la plus notable différence; une ligne tracée de l'embouchure de la Vilaine à Châtel-Audren séparerait assez bien les deux parties de la province : en deçà de cette ligne, on n'entend parler que le français ou un patois bâtard; mais le paysan de Basse-Bretagne a conservé l'antique idiome des Celtes (…)".
- c'est surtout l'historien Pitre-Chevalier qui, dans "La Bretagne ancienne et moderne" en 1845, marque le plus nettement la séparation entre le haut et le bas pays : «prenez la carte de nos cinq départements et tracez une ligne de l'embouchure de la Vilaine à Châtelaudren, cette ligne est à peu près la muraille chinoise de l'idiome breton, muraille continuée au sud, à l'ouest et au nord, par les flots et les rochers de l'Océan".

Cette muraille linguistique et maritime délimite donc un territoire où s'est conservé ce qu'Alfred de Courcy appelle "l'antique idiome des Celtes" : tous les observateurs le confirment alors. Le Sous-Préfet de Quimperlé, Auguste Romieu, a "subi la honte", en 1831, de ne pouvoir repérer dans une commune de 2000 habitants que "neuf qui parlent français et cinq seulement qui sachent lire". Jules Simon, qui sera Ministre de l'Instruction Publique sous la IIIe République, était né à Lorient en 1814 et séjournait, enfant, à Saint-Jean-Brévelay : "on parlait breton dans tout le pays. On ne se servait pas d'autre langue".

Le français pourtant avait déjà commencé à jouer les passe-muraille. Alfred de Courcy précise bien que "c'est le paysan de Basse-Bretagne" qui a conservé le parler celtique. Flaubert, en 1847, observe pourtant que "la langue persiste" y compris dans les villes. Habasque confirme que la langue bretonne "est la seule dont on se serve dans les campagnes, et tous les habitants des villes la parlent ou l'entendent, excepté peut-être ceux de Brest, où elle est étrangère à une grande partie de la population". Les citadins, alors, sont toujours bretonnants, mais la connaissance - sinon l'usage - du français s'étend. Progressivement, la langue nationale va s'imposer, et tout d'abord dans les villes. Mais non seulement en ville : dans la première moitié du XIXe siècle, les cultivateurs aisés prennent l'habitude de placer leurs enfants dans des pensionnats pour y apprendre le français.

Sait-on au moins quelles limites a ce territoire sur lequel on parlait essentiellement le breton jusque tout récemment ? Assez mal en réalité. Ne couvrant pas la surface de trois départements entiers, il représente moins de 3% du territoire national. Il faut bien constater que depuis la Révolution - c'est-à-dire depuis plus de deux siècles - aucune collectivité territoriale, aucune structure administrative, aucun organisme représentatif, aucun comité même consultatif, aucun échelon technique n'ont jamais correspondu à la zone bretonnante dans son intégralité. Sous l'Ancien Régime, ce ne fut pas non plus le cas, les circonscriptions religieuses et administratives ne correspondant pas aux limites linguistiques. Ce n'est, semble-t-il, que pendant quelques dizaines d'années, sous le règne de Jean IV (1364-1399) et dans la première moitié de celui de Jean V (1399-1442), que l'on a tenté de faire coïncider les unes et les autres.

 

Extrait 2. Une évolution différente au nord et au sud

(…) Tel était donc - dans les années 1970-1980 - l'état de cette frontière linguistique, tracée moins d'un siècle plus tôt par Paul Sébillot. Elle n'a évidemment jamais été un rideau de fer, mais alors qu'elle a frappé les observateurs jusqu'au milieu du XXe siècle par la netteté de son tracé, elle n'est plus désormais qu'une frontière désagrégée. Mais elle reste une frontière sentie comme telle.

Même si la question de la limite ne se pose pas aujourd'hui dans les mêmes termes qu'en 1885, il apparaît qu'elle n'a pas cessé, tout au long de la période qui nous intéresse, c'est-à-dire depuis le XVIIIe siècle jusqu'à nos jours, de reculer vers l'ouest. François Falc'hun et Bernard Tanguy avaient vu juste lorsqu'ils ont mis en doute la thèse de Joseph Loth et refusé d'interpréter la ligne qu'il avait tracée pour le IXe siècle comme celle de la plus grande extension du breton vers l'est. Le celtique reculait sous l'effet, notamment, de la poussée exercée par les villes francophones de Rennes et de Nantes.

La poussée a, depuis, continué à opérer, selon un rythme et selon des modalités que l'on peut maintenant décrire. Deux périodes peuvent être définies, se situant avant et après 1885, l'année charnière que constitue, de fait, l'enquête Sébillot. L'évolution n'est pas comparable au nord et au sud de la Bretagne(…).

Au nord, la limite s'est établie très tôt à hauteur de Châtelaudren : c'est la conclusion à laquelle aboutit J.Y. Le Moing à partir de l'analyse toponymique, qui fournit d'ailleurs une datation située vers 1350; c'est également l'impression que l'on retire à l'examen de l'une des cartes antérieures à la Révolution, celle de J. de Witt, mais pas de celle de N. de Fer. Coquebert de Monbret aussi situe Châtelaudren en zone française et Gaultier du Mottay le confirme, ainsi que Sébillot.

Des variations peuvent s'observer. Vers la côte, les cartes anciennes, tant d'Argentré que Nolin et bien d'autres, fixent la frontière aux alentours de Saint-Quay-Portrieux. Dès Coquebert de Monbret, elle part de Plouha, et le point de départ sera le même pour tous les auteurs suivants. Vers l'intérieur, Loudéac serait en Haute-Bretagne pour Nolin et N. de Fer, mais non d'après J. de Witt. Pour Coquebert de Monbret aussi, cette ville se trouve incontestablement en Haute-Bretagne, mais Hémonstoir et Saint-Caradec sont de langue bretonne. Pour les correspondants de Gaultier du Mottay, Saint-Caradec et Saint-Guen parlent presque entièrement français. C'est également le point de vue de Sébillot (…).

En Bretagne-sud, l'évolution n'est pas du tout comparable (…) : la limite est beaucoup plus mouvante (…). La caractéristique principale de la limite linguistique, dans le sud, est le fait qu'elle n'a pas cessé, en 200 ans, de progresser vers l'ouest : chaque nouvelle enquête révèle une modification. Deux moments spécifiques peuvent, cependant, être déterminés :

  • de Coquebert de Monbret à J. Mahé, autrement dit de 1806 à 1825,
  • puis de Panier à Timm, c'est-à-dire de 1942 à 1976.

A chaque fois, la transformation se fait en une vingtaine d'années. Mais s'il est difficile, faute d'observations de terrain, de savoir avec précision les évolutions qui étaient en cours avant Mahé, pour la période la plus récente, l'on sait, par les enquêtes effectuées avant Timm, que le processus était à l'œuvre depuis quelques dizaines d'années (…).

 

Extrait 3. La population de la Basse-Bretagne

Aucune évaluation de la population de la Basse-Bretagne ne semble avoir été publiée à ce jour (…). Il apparaît que la population de la Basse-Bretagne a crû de 950 000 personnes environ, en 1801, à un peu plus de 1 500 000, en 1990. Depuis le début du 19e siècle, elle représente plus de la moitié des habitants de ce que l'on considère aujourd'hui comme la Région Bretagne :

  • jusque vers 1850 : 51 à 53%
  • en 1926 : un maximum de près de 60%
  • aujourd'hui : moins de 55% à nouveau.

Par rapport à la Bretagne historique, la part de la Basse-Bretagne est :

  • jusqu'en 1850 : de 43 à 44%
  • en 1926 : de 46%
  • en 1990 : de 39% seulement.

Ce qui veut dire que dans la Bretagne à 5 départements, la zone bretonnante a toujours été la moins peuplée.

En ce qui concerne la répartition linguistique de la population (…), les bretonnants ont représenté environ la moitié de la population des 4 départements de l'actuelle région de programme, jusque vers 1950. Mais ils n'ont jamais été majoritaires dans le cadre de la Bretagne historique. Ce n'est qu'à une époque toute récente - vers les années 1970 - que les bretonnants sont devenus minoritaires sur le territoire de la Basse-Bretagne elle-même.

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